​Moments silencieux

Moments silencieux sont des impressions d'encre à l'eau sur papier. Des éléments simples, objets du quotidien ou silhouettes d'architecture, trouvent tranquillement leur place sur des fonds plus ou moins colorés, rayés, parfois quadrillés, et flottent dans l'espace comme des moments d'oubli suspendus. Pas d'actes pulsionnels ou gestuels, seulement des formes minimales, sans pesanteur, un peu hors du temps, des moments de pause; trouver les vibrations entre les couleurs que le séchage nécessaire va transformer. Chaque couche posée sur le papier va ''s'accrocher'' sur les grains des passages précédents, laissant les formes prendre vie dans les jeux de clair-obscur. Surtout, savoir s'arrêter à temps pour garder les transparences et leur poésie quelque peu énigmatique.
Marie Thamin mars 2015

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Stilleben

​Stilleben, vie paisible. Ce sont des objets qui se reposent aurait pu dire Eugène Guillevic en regardant les poteries et les bouteilles de Marie Thamin sur fond coloré nervuré de nuances grises, vertes ocres, rouges ou bleues. Ces monotypes, ces tirages uniques saisissent l’instant d’une pose et entretiennent une relation subtile entre l’éphémère et la durée, car ces objets prolongent leur existence caduque en imposant leur présence au-delà de leur fonctionnalité.
Ils sont nus, décontextualisés des lieux quotidiens où ils ont servi. Ainsi ces monotypes échappent à la figuration classique des natures mortes qu’on trouve chez Chardin, Cézanne et s’apparentent davantage à celles peintes par Morandi ou encore Alexandre Hollan. Point d’imitation, simplement un salut sensible à des œuvres que l’artiste admire et dont le travail diffère de Marie Thamin. L’artiste, en les privant de leur décorum quotidien, les célèbre dans leur nudité première, les soustrait à l’oubli, à l’usure du temps en leur accordant une nouvelle fonctionnalité qui est celle du sujet. Prétexte pour évoquer la temporalité des choses, mais aussi cette diachronie qui agrège ces moments intimes que l’artiste associe à ces objets. Ils concentrent sa mémoire et sa géographie intime.
Certaines œuvres échappent à une frontalité dans leur mise en scène. Leur représentation révèle une transparence et semble coulisser dans un espace où la temporalité apparaît tout autre. Elles échappent ainsi à leur pesanteur en acquérant une dimension plus aérienne, presque évanescente, comme si l’éphémère de l’instant coïncidait avec une fluidité du travail.
En montrant les objets dans leur nudité première en dépit des stigmates que les usages et ceux du temps leur ont laissés, Marie Thamin évite tout artifice et rejoint ainsi les préoccupations qu’avait le poète Francis Ponge dans son livre « Le parti pris des choses »  où il cherchait à raboter l’arbitraire du langage pour révéler les  sujets décrits dans leur vérité nue et profonde. 
Alain Le Beuze avril 2015

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L'utilité de la cruche réside dans son espace vide, capable de contenir l'eau, non dans sa forme ou sa matière, car le vide est tout puissant parce qu'il embrasse tout. Dans le monde de l'art, la valeur accordée à la suggestion illustre l'importance du même principe. En laissant une part au non-dit l'artiste offre au spectateur l'occasion de compléter l'idée sous-jacente ; c'est ainsi qu'un chef d'œuvre capte irrésistiblement notre attention jusqu'à ce que nous croyions véritablement en faire partie. Il y a là un vide dans lequel nous pouvons pénétrer et que nous pouvons emplir à la mesure de notre propre émotion esthétique.''
Le livre du thé 1906 - Okakura Kakuzô (extrait)